Historique de l’école

En Belgique, et plus précisément à Bruxelles, Marguerite de Lalaing, née en 1574, épouse du Comte Florent de Berlaymont, se disait “navrée et toute marrye de voir l’éducation des jeunes damoyselles en sy fascheux estat“. Son rêve de créer une école ouverte aux jeunes filles pour en faire “de vrayes chrestiennes” pourra prendre corps grâce à sa rencontre avec Madame de Duras, première religieuse et “pierre fondamentale” de l’œuvre.

L’appui et la faveur de l’Archiduchesse Isabelle, Infante d’Espagne, vont lui permettre de réaliser son projet.

A l’origine, en 1625, le Berlaymont se trouvait en plein cœur de Bruxelles, à proximité de la Cathédrale, entre la Montagne aux Herbes Potagères, le Fossé aux Loups, la rue d’Assaut et la rue des Comédiens, sur les terres de Madame de Berlaymont.

Marguerite de Lalaing
Comtesse de Berlaymont

Lors de la Révolution Française, le cloître est saisi, vendu et détruit. Religieuses et école déménagent et s’installent près de la Montagne de la Cour, puis en 1808, dans le quartier des Minimes.
A chaque exode, le premier souci des sœurs est de rouvrir le Pensionnat !

En 1864, la construction du Palais de Justice contraint à un nouveau déménagement vers la rue de la Loi, dans une propriété bordée de champs. Des externes se joignent alors aux internes. Le 2 juin 1925 le tricentenaire du monastère est fêté avec faste.

Berlaymont_jardin_1903_colorise

A la fin des années 50, l’état se porte acquéreur du terrain pour y installer les Communautés Européennes.

Le 7 octobre 1961, la Princesse Marie-Christine de Belgique pose la première pierre du “nouveau Berlaymont” dans le domaine d’Argenteuil à Waterloo.

Dans les années 70, l’enseignement rénové est apparu; la mixité a été introduite et, en 1974, la direction est cédée à une ASBL constituée de représentants de l’Archevêché, de religieuses, de professeurs, de parents, d’amis et d’anciennes élèves, et des membres de la direction.

Mais, remontons quatre siècles d’histoire et cherchons à relire quelques pistes pédagogiques …

Au cours des XVI° et XVII° siècles, l’humanisme de la Renaissance et les explorations lointaines ont transformé les mentalités et ont forgé de nouveaux instruments de recherche scientifique.

L’Eglise traverse une des grandes crises de son histoire. La Réforme protestante, phénomène culturel autant que religieux, l’a profondément secouée et le Concile de Trente a, tant bien que mal, contribué à un renouveau pastoral et social.

La vision du monde et le regard porté sur l’homme changent : c’est l’avènement des temps modernes.

Mais c’est aussi l’époque des guerres de Trente ans et une période tout en contraste, puisque les fléaux du Moyen Age demeurent, particulièrement dans les campagnes où règnent les guerres, les épidémies et la famine.

Citons quelques grandes figures contemporaines aux fondateurs et qui , plus que les dates, situeront le contexte historique, social et culturel : Galilée, Montaigne, Richelieu, Saint François de Sales, Descartes, Jansénius, Pascal, Molière, Racine, Rubens, les Ursulines de Paris, …

Partout cependant, la situation scolaire est lamentable : maîtres incompétents, pédagogie inexistante, filles et garçons entassés pêle-mêle….
Les filles sont moins nombreuses. En effet, les parents se soucient plus de l’instruction des garçons, mais jugent souvent inutile d’envoyer les filles à l’école.

En matière d’éducation, quatre grandes figures vont œuvrer, sans se connaître pourtant, à ce qu’est devenu le Berlaymont aujourd’hui.

Tandis qu’à Bruxelles, Madame de Berlaymont et Madame de Durasmûrissaient le projet d’ouvrir une ” maison nouvelle ” , Pierre Fourier, né en 1565 en Lorraine , curé de Mattaincourt, chanoine et fondateur de la Congrégation Notre-Dame et Alix Le Clerc, première religieuse de cette Congrégation créent les premières écoles pour filles.

Saint Pierre Fournier et Alix Leclerc

Ces écoles se veulent ” ouvertes tant aux riches qu’aux pauvres “, gratuites, lieu de croissance de toute la personne et de toute personne, respectueuses de la personnalité des élèves et des attentes des parents, axées sur une pédagogie dynamique et en perpétuelle recherche, insérées dans la vie du village à laquelle les élèves doivent prendre part. 

On y pratique un horaire de cours rythmé et adapté aux capacités de chacune, un enseignement simultané où entraide et émulation s’harmonisent au mieux. Les programmes sont ajustés aux besoins réels des élèves et de leurs familles ; l’enseignement y est pratique et le but clairement affiché : à travers l’éducation chrétienne des petites filles, Pierre Fourier et Alix Le Clerc visent à transformer les mentalités et cherchent à véhiculer un enseignement de qualité pour le bien de tous et en vue de construire une société plus juste.

Bien au-delà de la réponse à une urgence locale, c’est donc un vrai projet de société qui est visé !

Le renouveau pastoral, nécessaire à l’époque, supposait une réforme sociale, et l’instruction des filles permet de mener les deux de pair. En définitive, il s’agit d’un projet bien mûri de ” la promotion de la femme “.

L’aboutissement des idées et des désirs d’instruire de ces quatre personnalités ne se concrétisera qu’au XXe siècle !

En effet, ” Berlaymont ” restera un Monastère autonome jusqu’en 1939.
A cette époque, la Prévote, Mère Marie de l’Esprit Saint sentit la nécessité de s’unir à d’autres religieuses.

  • Il fallait être plus nombreuses pour répondre à l’élan missionnaire qui régnait à ce moment.
  • Les exigences de formation requises pour être enseignante ne cessaient d’augmenter.
  • Education rythmait aussi avec ouverture au monde…

Mais, à qui se joindre ?


  • Les critères étaient les suivants :
  1. une similitude dans les Constitutions;
  2. les monastères qui suivaient la Règle de Saint Augustin, privilégiée pour son respect des personnes et son climat de liberté;
  3. des monastères qui unissaient la prière chorale et l’éducation de la jeunesse;
  4. des monastères où vibraient une “même simplicité, une même droiture”, signes d’un futur esprit de famille

Et c’est ainsi que le Monastère de Berlaymont fusionna avec les Chanoinesses de Saint Augustin dont les origines remontent à Pierre Fourier et à Alix Le Clerc.

“On leur apprendra à vivre et à bien vivre “.

Pourquoi ne retrouverait-on pas aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, dans des formes d’éducation très diversifiées, bien différentes des premières écoles, un esprit qui demeure : cette manière d’aborder autrui en désirant qu’il devienne pleinement lui-même ?

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